Dr. Feelgood
Le riffeur - Rock & Folk (1980)

Interview réalisée par Claude Pupin © Rock & Folk
Merci à Pierre Chatelet !


A Londres, on peut voir une dizaine de groupes chaque soir», me dit Lisa en français. Je suis très content pour les Londoniens, qui ont bien de la chance de voir un mauvais concert par soir en se disant que les neuf autres devaient être meilleurs. Nous, en France, on n'est jamais sûr de pouvoir même assister au plus mauvais.


Wilko Johnson - Entre les deux yeux
© Jean-Pierre Leloir

Je suis arrivé très en retard à la party. Parait même qu'on s'inquiétait. Le temps d'avaler une bière, de fumer une cigarette, de croiser les regards de deux membres de Devo - à moins qu'ils ne fussent des simulacres, parce qu'on les croise à tous les coins de rue, ceux-là - et nous partîmes en direction du Music Machine, où Wilko devait se produire. Le Music Machine est la version décrépite du Palace et fonctionne comme le Gibus. Lorsque nous arrivâmes, les kids dansaient sur Blondie. J'appris qu'un groupe était passé quelques minutes plus tôt, mais il ne devait pas avoir de contrat chez Virgin...

J'avais même des scrupules à taper du pied en écoutant Debbie Harry, qui n'est pas chez Virgin. Comme à tous les concerts du monde, les lumières s'éteignent. Et l'on annonce Wilko et son Band. Wilko arrive sur scène comme s'il allait devoir traverser toute la salle pour brancher le jack sur son instrument. En l’occurrence, une guitare. Une guitare bien peu pacifique, libérant des chapelets de riffs secs, durs, prompts à vous atteindre entre les deux yeux. Le retour de Wilko. On l'appelle toujours Wilko. Et l'on a bien raison. Ce mec est un démon, un robot tombé dans un champ magnétique.

Je me rappelle maintenant l'avoir vu à Orange, où j'étais demeuré plutôt indifférent à son style pistolero galactique. Au Music Machine, il impose sa raideur cadavérique sur le devant de la scène, seule prise de terre entre sa guitare et un public à mon grand étonnement légèrement débranché, lui. D’égale humeur, Wilko a pilonné un peu plus la léthargique assistance avec le concours déterminé de son groupe, formation dans l'ensemble beaucoup plus jeune que Dr Feelgood, moins rythmique, aérant la muraille sonore bâtie par Wilko par de fréquentes interventions du pianiste, un chorus du bassiste ou un tempo à contretemps du batteur. La musique des Wilko Solid Senders est de la même veine que celle de Dr Feelgood, mais parvient pourtant à effacer son souvenir. Le même rhythm'n'blues hyper-tendu, mais interprété avec plus de souplesse et moins de systématisme. La plupart des titres joués sur scène sont des compositions originales, mais Wilko fait quelques reprises, dont une dantesque version de "Highway 61". Le Music Machine vibre en?n, et ne cessera plus jusqu'à la fin des rappels. Ce ne fut pas le coup de foudre, mais une agréable surprise parce que Wilko apporte de l'inspiration et de la hargne à un genre qui n'en possède guère. Une réserve néanmoins : sa voix est très limitée et manque de la puissance nécessaire à la complète maturité du projet.

Une heure après le concert, nous nous isolons avec Wilko dans une loge misérable où, durant une demi-heure, il acceptera de faire une synthèse passé/présent/futur. Malgré la fatigue, les bruits et les amis :

"Je n'ai plus aucun contact avec Dr Feelgood depuis notre séparation. C'est vraiment dommage, nous avions de très bons contacts qui se sont détériorés durant les séances de notre dernier disque. L'ambiance était très tendue, malsaine. Je recevais des coups de téléphone peu aimables, jusqu'au jour où le manager m'a signifié que je ne faisais plus partie du groupe. Au début j'en ai été très peiné parce que nous étions de très, très bons amis, les mecs de Feelgood et moi. Nous avions grandi ensemble. Nos femmes continuent à se voir (Rires). Les gens de United Artists m'ont dit de dégager, parce qu'ils craignaient une compétition entre Dr Feelgood, qu'ils avaient décidé de garder, et mon futur groupe. Cela m'était difficile de trouver une nouvelle maison de disques car je n'avais jamais fréquenté le show-business, je ne connaissais personne. Pour la première fois, je devais parler affaires. Par chance, une de mes amies était bien introduite, et elle a contacté un grand nombre de gens. J'ai commencé à recevoir d'incessants coups de téléphone, même de New York, de compagnies qui m’offraient des sommes vertigineuses. J'ai pourtant choisi d'attendre, et j'ai finalement opté pour Virgin, qui m'offrait moins d'argent mais chez qui je me sentais plus en confiance...

Je n'ai pas réellement cherché à réunir un groupe. Cela s’est fait tout seul, par des concours de circonstances. John Potter, le pianiste, est un ami d'enfance, il avait joué un peu avec Dr Feelgood. Un ami m'a présenté Stevie Lewins, et c'est le manager des Stranglers qui m'a parlé d'un batteur, Alan Platt. Avec ce groupe je peux enfin jouer la musique que j'aime, le Rhythm’n’Blues, et il me permet d'évoluer car chacun compose. Le punk ? Oui, Dr Feelgood a dû influencer d'une manière ou d'une autre: nous avions déjà les cheveux très courts, nous jouions une musique très simple, nous avions un show très primaire, sans artifices, enfin nous dégagions une énergie vraiment folle. Mais je préfère écouter les Roogalators ou Graham Parker ! Notre premier disque ? Je peux juste dire qu'il sera composé pour la majeure partie de titres originaux, ceux que nous jouons sur scène et quelques inédits. Nous rentrerons en studio à la fin de la tournée. J'ignore quand exactement. De toute façon, on trouvera le temps de venir jouer en France avant l'été."

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