Dr. Feelgood
Southend Rock - Best (août 1977)

© Best
Merci à Pierre Chatelet !


Canvey Island, Southend. C'est là, du côté de l'estuaire de la Tamise, que le Rock anglais a pris son nouveau départ. Les Feelgoods, les Rods et les autres, ceux qui ont les premiers perdu leurs complexes et retrouvé l'énergie originelle du rock n’ roll, viennent tous de ce coin brumeux aux relents de pétrole. Peut-être n'ont-ils pas inspiré la Nouvelle Vague anglaise, en tous cas ils l'ont permise. Et puis, quand même, ils sont toujours là...

Je n'ai jamais mis les pieds à Canvey lsland, savais à peine où cela se trouvait et m'en foutais pas mal. Seulement voilà, mon rédacteur en chef bien aimé tenait à ce que cet article soit précis. En plongeant dans un atlas, j'ai donc appris que Southend est une ville sur la mer du Nord, à l'estuaire de la Tamise, genre de station balnéaire pour prolos, et que Canvey lsland, d'abord, c'est une île, mais ce, vous l'auriez deviné, et qu’ensuite c'est là que se trouvent toutes les raffineries. Pour plus de précisions, lisez la presse anglaise. C'est plein d'articles décrivant le paysage sur deux colonnes.

Le Southend Rock est né dans cette région. Etant donné la situation économique, sociale, politique, géographique de cet endroit, autant vous dire que ce n'a rien à voir avec de la musique californienne. C'est un Rock dur et plein de bière. Si plein de bière qu'on a même parlé à un moment de Pub-Rock. Mais comme le disait Wilko Johnson, ex-guitariste de Feelgood, le Pub-Rock n'existe pas. Les pubs sont des salles où les groupes peuvent jouer, mais pas un style. S'il est vrai qu'au départ les groupes du Southend, Feelgood, Hot Rods, Lew Lewis Band, Paramounts ou Mickey Jupp jouaient beaucoup dans les pubs, l'expression s'est étendue à tous les groupes jouant dans des pubs.
Southend Rock ou Pub-Rock qu'importe. L'intérêt est qu'en tout cas, c'était du Rock. Et l’Angleterre qui sombrait doucement dans la décadence musicale la plus totale a trouvé un second souffle dans ce mouvement. Ce fut le point de départ de la nouvelle vague d'aujourd'hui.

Deux groupes ont semé à Southend les graines d'un "Sound" qui allait devenir fameux dans le monde entier, les Paramounts et les Roamers. Les premiers comptaient dans leurs rangs les illustres Gary Brooker, Barry Wilson, Robin Trower et Chris Copping, tous plus connus sous le nom collectif de Procol Harum. A l'époque, vers 1963, les Rolling Stones. Pourtant des connaisseurs déclarèrent que les Paramounts constituaient le meilleur ensemble de Rhythm’n’Blues anglais. Quant aux Roamers, eux aussi adeptes de la musique populaire noire, ils étaient menée par un soliste gaucher du nom de Wilko Johnson. On voit déjà que l'apprentissage, et l'ascension de Dr Feelgood, aura duré une dizaine d'années...

Aux côtés de Wilko, un autre Roamer de grande importance, The Big Figure, dont la légendaire silhouette orna la plupart des groupes originaires de Southend : The Glass Openings, The Exploding Monocke Hyde Park, Trampus, Finians Flainbow, The Sun et The Cast, pour ne citer que les plus connus. (Ça c'est de la frime, parce que ces groupes ne sont pas célèbres du tout, et que de toute façon, je n'en connais pas d'autres !).
Mais laissons tomber l'histoire ancienne. Ce sont Doctor Feelgood, Eddie And The Hot Rods, The Mickey Jupp Band et The Kursaal Flyers qui ont fait la gloire du Southend.

1/ Feelgood ou la rupture
Depuis l'arrivée de la nouvelle vague, ce raz de marée qui a fait sombrer les noms qui paraissaient les mieux accrochés, les seuls qui trouvent encore grâce aux yeux de tous, malgré leur âge certain, c'est Dr Feelgood ! Il est facile de comprendre pourquoi. Dr Feelgood est en fait le point de départ d'un vaste renouveau du mouvement rock en Angleterre. Ce sont eux qui, rompant avec la tradition pop, rompant avec la tradition Stones, ont insufflé un sang nouveau à la vieille Angleterre. A force de dépouillement, ils ont réinventé la magie de la spontanéité, de la sincérité, de l'énergie et du don de soi.

Cela n'a pas sauté aux yeux de tout le monde quand sortit "Down By The Jetty". On a alors parlé de phénomène rétro, de revival de l'époque Animals, et autres balivernes. Aveugles par des années de décadence, nous avons failli passer à côté du message principal du Docteur ! Heureusement, le groupe était si merveilleusement parfait sur scène, que la vérité a bel et bien éclaté quand même...

Au départ, on ne comprenait pas bien pourquoi Nick Kent et ses collègues du "New Musical Express" criaient au miracle. Encore une lubie de journalistes pensait-on. Puis le groupe vint tourner en France, care of Skydog. Et ce fût la très grande claque. Feelgood brûlait les planches comme une boule de feu. Wilko Johnson jouait comme personne. Son allure et sa façon de bouger étaient totalement originales. Lee Brilleaux chantait d'une voix râpeuse à souhait et jouait une slide-guitar méchante. Même la petit gros, Sparko, se démenait, allant et venant, d'avant en arrière, sans jamais s'arrêter, pour ?nalement se rouler par terre à la fin du show, quand il ne restait plus que "Great Balls Of Fire" ou "Johnny B. Goode" à faire en rappel.

Les Feelgoods ne ménageaient pas leur peine ! Ils finissaient chaque show dans un état de fatigue, d'énervement, de sueur et de larmes, qui aurait pu être fatal pour des âmes moins bien trempées. Mais, quand on a été élevé au milieu des raffineries...

Quand on les a vus sur scène, il devient beaucoup plus facile de comprendre leurs disques. Les deux jumeaux d'abord, "Down By The Jetty" et "Malpractice", puis le "Stupidity", un résumé en public, et enfin le quatrième et petit damier, "Sneakin' Suspicion". On a souvent reproché à Wilko Johnson de ne pas être un grand compositeur, je ne suis pas d'accord avec cette idée.

Ecoutez "She Does It Right", "Roxette", "Keep It Out Of Sight", "All Through The City", "Goin’ Back Home", "Back In The Night" sans oublier "Sneakin'Suspicion" et "Time and The Devil".

Vous en connaissez beaucoup, vous, des types qui ont écrit huit classiques en si peu de temps ? Quand on est sympathisant on dit que Wilko a du style, quand on est un détracteur, on dit qu'il se répète. Il y en a bien qui prétendent que "le Blues, c'est toujours la même chose", alors... A ses débuts, Dr Feelgood avait opté pour le Rock traditionnel, celui des Teddy Boys. Ils devinrent le groupe de Heinz, un ancien des Tornades, connu pour son hommage à Eddie Cochran, "Just Like Eddie". Ils l’accompagnèrent même lors de son passage au Rock Spectacular de Wembley en 1972. Mais Wilko et sa bande en eurent vite marre, pas du rock, mais des Teddy Boys qui ne comprennent pas grand-chose à la musique actuelle. Ils sentirent rapide- ment qu'il fallait, non pas changer radicalement de style, mais éviter de tomber sous le poids d'une étiquette débile. C'est pourquoi ils décidèrent de se déclarer officiellement groupe de Rhythm’n’Blues, même si leur style était fondé sur celui des Pirates de Johnny Kidd et Mick Green. Ce sont de toute façon des fans de la musique de Chicago, Chess et compagnie.

Lors de leur première tournée française, leur répertoire comprenait encore le "Talk To Me Baby" d'Elmore James... Les Brilleaux, avec sa voix, sa slide et son jeu d'harmonica, est à l'origine de la prépondérance de la musique noire dans le style Feelgood. C'est d'ailleurs Lee qui choisit presque toutes les reprises. S'il y a une chose que je n'aurais jamais pu imaginer, c'est bien que Wilko quitte Feelgood ! Comme quoi l'intuition féminine et le flair des journalistes ne sont que foutaises... On m'avait déjà répété qu'il avait menacé le groupe de partir à plusieurs reprises, qu'il parlait de moins en moins, qu'il devenait de plus en plus strict et sobre alors que Lee et Sparko glissaient joyeusement (?) dans un ethylisme rockandrollien. Je savais tout cela, mais je ne l'aurais jamais cru capable de briser la création de sa vie, ce groupe Dr Feelgood qui, d'une certaine manière, marqua un tournant important dans l'histoire du rock anglais. Ce personnage tourmenté aura certainement beaucoup de mal à retrouver la paix de l'esprit, loin, de ceux avec qui il a vécu cette aventure. Son "remplaçant" se nomme John Mayo. Avec lui, Feelgood entame une "deuxième époque" périlleuse.

 

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